Contribution de Gilles Cervera (président du RNCE)

Contre l’école

Je prends le risque insensé de me déclarer, non sans quelque humilité néanmoins, en tant que relais d’opinion, susceptible donc d’être classé par le Ministère de l’Education nationale comme un membre d’une ultragauche hypothétique. Nous avons un gouvernement qui pose sur les caténaires de l’école rien de moins que des fers à béton.
Ethiquement et techniquement, il porte le fer contre l’école. Ce faisant, c’est au fond toutes les libertés qui sont visées, tout ce qui peut libérer l’individu et l’élever à la qualité de citoyen. La laïcité n’a qu’un siècle et la minuscule voix qui a séparé les églises et l’Etat en 1905 est désormais couverte sous des mesures extrêmement agressives, oserai-je revanchardes ? La Laïcité française est minoritaire en Europe, l’école publique en est le parangon. Elle devrait mériter des égards, on assiste au contraire. Côté addition le ministre est un champion : tant de maîtres de Rased, tant d’enseignants mis à disposition des associations, le saccage est ainsi, poste après poste, l’école est une soustraction..

Les verbes avoir et être sont conjugués aux confins de la République, dans les quartiers, dans les villages, au fond des vallées ou au bout des plaines. L’école est attaquée en son centre et à sa périphérie.

Depuis 100 ans, la Ligue de l’Enseignement, les Eclaireuses et Eclaireurs de France, les Pupilles de l’Enseignement Public, entre autres, sont parmi les nombreuses associations complémentaires de l’Ecole Publique qui prolongent l’école, continuent sa mission pédagogique à l’heure où son portillon ferme, pendant les vacances ou vers des populations plus difficilement accessibles. La vie statutaire de ces associations complémentaires repose sur le bénévolat de professeurs souvent retraités qui y passent le plus clair de leurs journées et ce sont des enseignants mis à disposition qui animent et encadrent ces associations. Ces postes sont supprimés, les subventions qui les soutiennent coupées net.

Soyons clairs : ces postes sont incarnés chaque jour par des profs d’école ou de collège, ne laissons pas croire que ce sont des viviers d’emplois fictifs. Ces enseignants enseignent avec d’autres outils que la classe, ils sont aussi face à des groupes, ou confrontés à des jeunes dont ils s’avèrent souvent les derniers relais de scolarisation : enfants exclus, enfants malades, enfants pauvres.

Démagogiquement, le gouvernement offre à la vindicte ces « maîtres sans classe » en omettant de dire que ces enseignants des associations complémentaires soutiennent tous les jours des milliers d’enfants et leurs familles. Pas si loin des classes en effet, quelquefois sous les préaux, ils proposent à des enfants une pédagogie du tiers temps, de la découverte patrimoniale ou environnementale. Tous les jours, ils mettent au point des dispositifs souples pour apprendre à lire ou trouver des solutions pour compenser des enfants à besoins particuliers. La facilité à attaquer ces enseignants vient qu’ils travaillent à l’unité, au surmesure, singularisant la pédagogie, faisant des détours pour réconcilier les élèves avec l’école.

Ce sont tous ces médiateurs d’école qui contribuent in fine à une scolarisation plus apaisée et à ce qu’il est convenu de nommer la sanctuarisation de l’école.

Cela fait cent et quelques années que couve l’envie de la droite dure d’en découdre avec ces derniers hussards qui portent plus haut que tout la valeur laïque, l’active tous les jours pour enrichir le pacte républicain. Quand les Francas, les CEMEA ou la Ligue ne pourront plus faire leur boulot, les plus réactionnaires se réjouiront, pas les Républicains. Le gouvernement sait ce qu’il fait et de qui il se défait : ces amis de la République sont les ennemis du consumérisme, de la marchandisation et de tous les systèmes d’abrutissement populiste dont quelques proches du pouvoir tiennent les chaînes ! Au prétexte d’économiser pour le bien public, on brade ceux qui le défendent.
Mais à détricoter l’école par un bout, c’est l’ensemble qui se défait. A l’heure des petites revanches, les IUFM sont donc fondus dans l’université : on va fabriquer des professeurs certes masterisés mais sans expérience pratique, sans la confrontation pédagogique au groupe et sans repère face aux élèves les plus culturellement démunis. La prolongation des études pour les étudiants sera finalisée par un concours toujours aléatoire, favorisant une désertion des vocations et un décalage encore plus grand entre le vivier populaire et ce choix professionnel.

La caporalisation des professeurs sera certes plus aisée. La lecture de textes obligatoires ou la remise au goût du jour des tableaux d’honneur seront certes facilitées. Les programmes d’histoire pourront être transformés en une cosmétique iconographique et les Sciences économiques et sociales supprimées au nom de l’ultragauchisme mais que dire de cette école qui sera à la forme du pouvoir sinon à sa botte et non plus cet espace de liberté où la démocratie d’apprentissage permet à un sujet d’advenir, de penser, dans l’exercice quotidien de la critique ? Lire, écrire et compter sont d’abord faits pour lire le monde, écrire le projet collectif et compter sur l’avenir !

Dans les écoles où régnait l’égalité salariale, le ministère introduit l‘inégalité des primes : ainsi des maîtres réalisant des évaluations qui reçoivent 500€, ainsi des professeurs faisant des heures supplémentaires. L’heure n’est plus à travailler plus et gagner plus, l’heure est à la rémunération de la paix sociale.

La double volonté de fracturer la corporation et de ficeler les forces syndicales est bien sûr lisible. Cette anesthésie générale sur fond de crise dure donne au billard ses trois bandes : le démantèlement de l’école publique vise en son cœur le contrat social et cet éclatement permet aux cadors de la com de naturaliser la privatisation de l’enseignement et toutes les lois à venir du contrôle social, y compris la fin de l’ordonnance de 45.

C’est l’époque des petites et des plus lourdes revanches. Pour sauver le pacte républicain, mobilisons-nous pour l’école !

Gilles Cervera
Président national du Réseau National des Communautés Educatives
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Adaptation M.M. Juillet 2013

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